Publié le 28/07/2026
"Si l'accès au web devient progressivement plus contrôlé, plus coûteux et potentiellement plus fragmenté, la véritable valeur ne résidera plus uniquement dans la capacité à interroger Internet, mais dans celle à exploiter efficacement vos propres connaissances.
L'objectif n'est évidemment pas de copier le web entier, mais de structurer les informations qui font réellement votre avantage concurrentiel :
- vos méthodologies, playbooks et procédures internes
- vos retours d'expérience, documentations de projets et connaissances métier
- vos bases de données de production (stocks, catalogues, tarifs, référentiels clients)
- vos frameworks et référentiels de compétences
Pendant deux ans, la bataille de l'IA s'est principalement jouée sur la qualité des modèles. La prochaine se jouera tout autant sur l'accès aux données. Les entreprises qui disposeront d'une base de connaissances fiable, structurée et souveraine offriront à leurs collaborateurs et à leurs agents IA une information plus pertinente, moins coûteuse et surtout indépendante des évolutions économiques du web."
— École Cube
Depuis ma fenêtre de 3/4-boomer et mes débuts en 1996, j'ai vu la promesse initiale de l'hypertextualité, celle d'un monde ouvert et partagé, se faire cannibaliser par des vagues successives. Publication de masse, référencement naturel, réseaux sociaux, automatisation, intelligence artificielle. À chaque fois, la même mécanique : une vague qui s'annonce comme un progrès, et un constat a posteriori qui ne varie jamais beaucoup. Infobésité. Concurrence intellectuelle généralisée. Perte de lien social. Disparition de l'humain au profit du supposé gain de temps. Annihilation économique de modèles qui reposaient sur l'ouverture, l'échange, l'humain.
Chaque vague laisse son lot de désolation derrière elle, et le résultat cumulé, c'est une mort lente mais désormais bien engagée de l'idée initiale du CERN : un réseau de documents librement reliés entre eux, consultable par tous, sans péage ni portail.
Je suis, comme vous probablement, utilisateur assidu de toutes ces surcouches. Je continue malgré tout de croire, sans doute naïvement, qu'une publication individuelle, ouverte, régulière, indépendante et auto-gérée reste possible. Cette multiphrénie entre l'abandon de l'idée d'un lendemain meilleur, l'obligation quasi certaine de devoir être rentable dans un monde capitalistique et la volonté de briser nos aliénations, on vacille, on poursuit, on survit, on espère.
Les entreprises, elles, n'auront pas ce luxe de la naïveté. Un web plus fermé, plus coûteux à interroger, plus fragmenté, ne sera plus perçu comme une opportunité mais comme une menace, ou au mieux comme une ressource à sécuriser en interne plutôt qu'à alimenter ou exposer en externe. D'où le repli sur la donnée propriétaire : on arrête d'ouvrir, on cadenasse sa richesse. Signe ô combien révélateur.
Encore une preuve, s'il en fallait une de plus, de notre remarquable capacité à saboter méthodiquement nos propres prétendus progrès.